Entreprises, mutuelles et associations se mobilisent
"Vous recherchez une femme de ménage de confiance ? Nous vous offrons le service, sans papiers à remplir, et remplaçons la personne si elle ne vous convient pas (...) pour 8,55 euros l’heure, après réduction d’impôt", indique, sur Internet, la société Colette Gargaud (groupe Acadomia), incarnée par un visage de femme épanoui, auréolé de la mention : "ménage et repassage, sourire compris...".
Les offres d’emplois de services à bas prix foisonnent depuis l’adoption de la loi Borloo sur le développement des services à la personne. "Nous étions vus comme le monde des petits boulots et du travail au noir, nous allons être considérés comme une industrie", jubile Maxime Aiach, jeune patron d’Acadomia (ménage, soutien scolaire, etc.), un pionnier du secteur. Il poursuit : "Le coût du travail baisse, une heure de ménage coûte 18 euros, cotisations sociales incluses. Dix euros rémunèrent la femme de ménage, nous dégageons une marge supplémentaire de 1,5 euro grâce à l’exonération de cotisations patronales..."
Le monde des affaires se mobilise. Le ministre de l’emploi doit annoncer, le 1er février, qu’il a rallié à son plan onze "enseignes" nationales. Il s’agit d’entreprises, de mutuelles ou d’associations prêtes à soutenir la politique de développement des services à la personne du gouvernement : Serena (Caisses d’épargne, Maif, Macif et MGEN), Domiserve (Axa et Dexia), Accor services avec Europ assistance, La Poste et la CNP, Sodhexo, France domicile (UNA, Mutualité française et Unccas), Domiplus (ADMR, Crédit mutuel et AG2R), Fourmi verte (Familles rurales, Groupama et Mutualité sociale agricole) et la Maison du particulier employeur. Ces enseignes mettront leurs clients en relation avec les prestataires. Les unes et les autres seront agréés par la préfecture et le conseil général, s’ils interviennent auprès de clientèles fragiles (personnes âgées, handicapées, etc.). Il existe déjà 6 000 associations et 500 entreprises de services à la personne.
Réservoir de clients
Grâce à leur réservoir de clients (26 millions aux Caisses d’épargne, 9 millions chez Axa, etc.), chaque enseigne estime pouvoir créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois indirects chez ses prestataires. Serena vise 30 000 créations d’emplois indirects en quatre ans, correspondant à 40 millions d’heures de travail. "Nous ne pensions pas mobiliser aussi vite les entreprises, confie Bruno Arbouet, le directeur général de l’Agence nationale des services à la personne (ANSP), nous faisons émerger un nouveau secteur économique."
Pour Jean-Jacques Roy, directeur à la Macif (Serena, 3 500 prestataires), le marché va connaître un boom : "Plus de familles monoparentales, de personnes actives et âgées, cela va générer des besoins supplémentaires en services ménagers, aides à domicile et garde d’enfants", dit-il. Le président d’Axa assistance (Domiserve), Yves Masson, le confirme : "La loi Borloo, grâce à ses incitations fiscales, nous fait passer d’une consommation occasionnelle de services à une assistance permanente, le coût du travail devient compétitif face à la débrouillardise (le travail au noir)." Selon lui, il s’agit d’une révolution du comportement des ménages, "comparable à celle du téléphone portable".